François Coadou et moi-même proposons une selection d'oeuvres imprimées de Jan Bucquoy à la Bibliothèque du Campus Arts Plastiques de Tourcoing.
Vernissage : jeudi 26 janvier 2012, à partir de 18 heures.
Exposition ouverte jusqu’au 24 février, du lundi au vendredi, de 8h30 à 17h.
Bibliothèque du Campus Arts Plastiques
36, bis rue des Ursulines
59200 Tourcoing
Jan Bucquoy. Œuvres imprimées. Livres et éphéméras.
Une proposition de François Coadou et Mélanie Lecointe
L’œuvre de Jan Bucquoy échappe à toute classification. Héritier, dit-on, du surréalisme belge – mais souvenons-nous alors de ce qu’affirmait déjà Paul Nougé en 1945 : « Exégètes, pour y voir clair, rayez le mot surréalisme ! » –, fils spirituel de Marcel Mariën – celui d’entre les membres du mouvement qui fut précisément le plus critique vis-à-vis de son devenir cliché, corollaire de son devenir marchandise, et marchandise touristique –, Jan Bucquoy a également à voir avec le situationnisme (dont les premiers textes, pour mémoire, furent publiés dans Les Lèvres Nues, la revue de Marcel Mariën…) et plus généralement avec la contre-culture des décennies 60 et 70. Au cœur de son projet, la même volonté de réconcilier l’art et la vie, ou mieux : de dépasser l’art dans la vie même. Un des faits majeurs, sans doute, de l’histoire et de la philosophie de l’art depuis le début du XXe siècle, mais sans cesse à reprendre, à réassumer et à réessayer, parce que toujours exposé au danger de sa récupération et de sa suppression esthétique. Si Jan Bucquoy, donc, est surtout connu du grand public pour ses films (dont certains films cultes comme La vie sexuelle des Belges ou Campings Cosmos) ainsi que pour ses happenings (destruction d’un dessin de Magritte, décapitation d’une statue du roi Baudouin sur la grand place à Bruxelles, Musée de la Femme, Musée du Slip, tentatives annuelles de Coup d’État…), on oublie souvent le rôle prépondérant que tient aussi chez lui l’imprimé. Dans la droite ligne de la vocation politique du multiple, telle que l’affirmait Walter Benjamin en 1935 dans L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique, et loin des coquetteries qui ont trop souvent cours, à ce propos, dans l’art d’aujourd’hui, Jan Bucquoy envisage en effet le livre et les éphéméras – ces multiples qui jouent à plein de leur reproductibilité pour subvertir la valeur économique de l’œuvre au profit de sa seule valeur artistique –, comme le moyen de parvenir à toucher un public large et à y susciter le débat. Bref, à y faire œuvre, au sens du moins où, de concert avec Walter Benjamin, l’entendait aussi un Bertolt Brecht : car c’est là encore une référence importante pour Jan Bucquoy. Sans prétendre à être exhaustive, la présente exposition propose pour la première fois de découvrir les différents aspects chez lui de cette pratique : bandes dessinées, revues, roman, calendrier, affiches, cartes postales. Parmi tout cela seront montrés quelques documents rares, dont la plupart des exemplaires furent à l’époque saisis par la police et envoyés au pilon.
François Coadou
